plus
moins
figurer
Discussion
Let’s not get used to this place,
invitées par UDA EPFL,
28.10.2025,
Archizoom EPFL, Lausanne

danced stances a été conviée à présenter ses activités dans le cadre du cycle de conférences Emergency Exit organisé par UDA, une structure membre de l’association des étudiant·e·x·s en architecture (ASAR) à l’EPFL. Lors de ces moments d’échange autour d’un repas de midi, les organisateur·ice·x·s invitent les intervenant·e·x·s à revenir sur leur positionnement face aux cadres dominants de la pratique architecturale. Dans leurs termes : “Une main sur le volant, l’autre sur les vitesses, plus de freins… Il faut maintenant prendre ce virage serré et drifter jusqu’à la sortie la plus proche. Avec plus d’une voie sur l’autoroute de l’architecture, il s’agit de trouver l’Emergency Exit, qu’elle soit personnelle ou collective, conduisant au-delà des pratiques traditionnelles et extractives. […] Il est peut-être temps de laisser tomber nos plans et de sortir la carte au 1:25’000 de la boîte à gants, pour trouver quelles autres voies nous pouvons emprunter.”

 

Plus d’informations sur UDA ici.

 

Let’s not get used to this place

⇒ Nous empruntons cette phrase à la chorégraphe Meg Stuart.

Lors d’une résidence qu’elle mène avec une série de danseureusexs sur le toit de la Haus der Kulturen der Welt à Berlin,
l’un des artistes dit :

 

 

I would love to get used to an open-air studio with a spectacular view.

 

Derrière cette phrase se logent toute une série de choses ;

Tout ce à quoi on devrait ou on ne devrait pas s’habituer : certaines qualités d’espace, de temps, des conditions de travail exceptionnelles ou précaires, ou encorele constat du privilège d’être là,
dans un moment qu’on ne pourra pas reproduire.

 

À partir de là,
le groupe de Meg Stuart et des danseureusexs formule une question :

 

⇒⇒ à quoi ne pas s’habituer ?

 

Cela devient un principe pour nous. Ne pas s’habituer, ni aux privilèges, ni aux conditions appauvries de vie ou de pratique qui sont parfois les nôtres quotidien.

 

Déjouer l’habitude, dans notre usage de l’espace, est lié au fait de résister aux usages hyper standardisés qui sont souvent discrètement imposés, et qui cachent une véritable violence, celle de tous les autres possibles, moins capitalistes, moins marchands, moins racistes,

qu’on pourrait mettre en place.

 

Quatre pensées

pour articuler le construire et le déconstruire de notre pratique spatiale :

 

1. The body gets directed in some ways more than others

Partir de là : considérer que l’espace a des inclinaisons politiques.

Que les corps sont, comme l’écrit Sara Ahmed, orientés, et orientés dans certaines directions plus que d’autres. Ces orientations reproduisent des rapports de pouvoir : de genre, de classe, de race, de validité. On ne sait pas toujours ce à quoi on s’habitue, ni les gestes qui nous dirigent à notre insu. Dans notre pratique, nous nous efforçons de les rendre visibles. De reconnaître les énergies, bruyantes ou subtiles,  qui donnent sa forme à un espace, à un moment, à une expérience. Et de mener cette recherche comme un acte collectif.

 

2. To make our questions physical

La danse devient une pratique puissante face aux chorégraphies imposées.

Les danseureusexs mettent au jour comment l’espace est chargé politiquement. Nous considérons que les danseureusexs sont habituéexs et sachantexs sur le fait de hacker les processus de subjectification, et les manières dont les corps sont sans cesse orientés. Ielles ont des pratiques qui permettent de déjouer les chorégraphies qui nous sont imposées et de nous entraîner à investir d’autres types de relations aux autres corps et à nos environnements.

 

3. Faire front avec nos dos

C’est s’opposer, mais pas par la voie la plus frontale.

Une manière d’être ni complètement actifvex, seul maître·sse·x de nos mouvements, ni complètement passifvexs. C’est peut-être s’opposer ou résister avec la partie de nous qu’on connaît le moins, ou celle a priori la plus vulnérable. Déjouer des logiques de frontalité. Développer des attentions sur les côtés plutôt qu’en face. Et étudier comment ça transforme notre manière de faire exister un espace collectivement ; de manifester pacifiquement.

 

4. Rehearsals of disengagement

Répéter, c’est désapprendre. C’est, comme l’écrit Ariella Aïsha Azoulay, faire retour sur nos habitudes.

Un acte politique — parce qu’il permet d’interrompre ce qui va de soi. Qu’il nous oblige à ouvrir la question des processus collectifs, et du temps qu’ils impliquent. A installer des processus dans une durée. A prendre le temps de mettre en place les conditions qui permettent d’aborder les questions qui comptent, et  à concevoir des cadres dans lesquels les images et les matériaux peuvent répondre, dialoguer.

 

 

Avec danced stances,

nous pratiquons ne rien faire,

et nous archivons ne rien faire.

Parce que la matière de la recherche que nous menons actuellement,

 

s’organise autour des moments quasi insignifiants

 

dans lesquels quelque chose de différent se trame

 

tout doucement.

 

Nous nous posons beaucoup de questions sur

 

l’archive,

 

la trace  et

 

la texture  de ce travail collectif, comme

 

un travail architectural en soi.